SESSION 10
L’inconnu de Scarborough
Cameron arriva au pénitencier quatre heures avant l’exécution. On lui refusa tout d’abord l’entrée, mais en appelant l’avocat de l’écrivain, il réussit, une quinzaine de minutes plus tard, à obtenir ce droit.
L’écrivain était enfermé dans une annexe du bâtiment relié à la chambre d’exécution. Il n’y avait qu’une dizaine de cellules. Après avoir passé toutes les mesures de sécurité, un des gardiens confia à Cameron un plateau de nourriture. Il se rendit jusqu’à la geôle de Claude. L’endroit était bien éclairé et propre. À l’intérieur, dans des vêtements bleu et blanc, Claude écrivait tranquillement à un petit bureau en métal entre un lavabo et une table à manger. Cameron était étonné de constater le confort et la liberté dans lesquels était installé le condamné à mort.
De son côté, Claude n’était nullement surpris de voir Cameron. Il l’attendait. En fait, il attendait son dernier repas. Un simple steak-frites. À l’insu de Cameron, Claude avait demandé dans une lettre adressée au directeur du pénitencier que son dernier repas soit servi par lui.
– Tu savais… chuchota Cameron.
– J’ai pris une chance, assieds-toi, se contenta-t-il de répondre.
Cameron était un peu perplexe, il comprenait mal ce qui se passait. Claude débuta son repas.
– Tout cela a peu d’importance, je sais maintenant.
– Que sais-tu ? demanda Claude d’un air amusé.
– Que tu n’es pas celui que tu prétends être… tu n’es pas Cyriltotchter, ni même Claude Cooper.
Claude ne répondit pas, il avait la bouche pleine et se délectait de son steak.
– On va pouvoir te sortir d’ici, j’ai tout raconté à ton avocat et il va…
– … rien faire.
Cameron releva la tête, visiblement troublé.
– L’homme qui a tué cette famille est bien devant toi… même si elle méritait vengeance, personne n’avait le droit de se faire justice… je dois mourir pour mon crime.
Là-dessus, il lui fit signe de partir. Il voulait être seul avant le grand moment. Cameron voulut s’opposer, crier, l’injurier, le supplier, mais rien n’aurait fait changer d’idée à Claude. Un gardien conduisit le journaliste jusqu’au stationnement.
Cameron était assis depuis une heure et demie contre la roue de sa voiture. Il attendait anxieusement. Tout cela n’avait aucun sens. Puis, l’avocat de Claude traversa le grand champ de boue :
– C’est fait.
Il remit une enveloppe jaune à Cameron et s’en retourna d’où il était venu. Le journaliste lança le paquet sur le sol. Il se mit à sangloter de rage. Il essayait de frapper dans quelque chose, mais rien ne pouvait soulager sa peine.
Il ouvrit gauchement l’enveloppe. Il y trouva quelques effets de Claude, dont un carnet et une lettre. Il ouvrit l’enveloppe : « Mon nom n’existe plus… »