J’aime bien les théories du complot. Je n’y crois pas, mais je les aime bien.
À vrai dire, ce que j’apprécie le plus c’est l’histoire qu’on essaie de me raconter. Du haut de ma trentaine d’années passées, j’ai déjà pu remarquer à quel point notre monde était désenchanté et relativement régit par le hasard, mais avec la théorie du complot, le monde devient tout du coup un endroit fantastique.
Imaginez un seul instant que la terre soit plate, oui je sais, il faut beaucoup d’imagination et laisser tomber tout sens logique, les grands principes de la physique, l’histoire de l’exploration spatiale et se prendre pour un type du Moyen Âge. Imaginez juste l’implication d’un tel complot. Cela signifierait que l’on nous cache la vérité : la terre serait entourée de glace et des gens vivraient par delà ces étendues. Pourquoi pas une race reptilienne qui aurait été par un quelconque dieu afin d’asservir l’humanité.
Rien qu’avec ça, vous avez déjà tout un univers pour écrire une saga fantastique ou un sujet de conversation pour passer pour un allumé en soirée.
Quand j’étais jeune et que j’écrivais, je ne pouvais pas m’empêcher de mettre des complots de partout. Par exemple, dans mon premier roman, une caste de gens plutôt maléfique dominait le monde dans le but de voler les ondes mentales des humains.
En grandissant et en continuant d’écrire et de lire, je trouve que l’argument des grands méchants cachés est un peu trop facile. D’ailleurs, je ne trouve plus ceci très original. Un livre a beau être bon, mais dès qu’on parle de sociétés secrètes qui cachent des secrets millénaires, je ne peux m’empêcher de penser : « bof, c’est déjà vu ».
Le problème, c’est que même si on essaie de fuir le complot, il finit toujours par nous rattraper. À partir du moment, où dans un roman je décide que quelques personnes ont des plans cachés, je me dis que je prends la route de la facilité.
J’aime surprendre mes lecteurs et la théorie du complot n’a plus rien de surprenant de nos jours. Revenons à mon exemple de la terre plate, dans un roman qu’est-ce qui serait le plus surprenant comme histoire ?
– Un type trouve des preuves que la terre est plate. Petit à petit, il met à jour un complot visant cacher l’existence de reptilien qui contrôle le monde depuis le pôle sud (qui n’existe pas d’ailleurs vu qu’il entoure la terre).
– Un type persuadé que la terre est plate dans un monde où tout le monde pense le contraire rencontre un mentor mal intentionné qui le pousse à commettre un attentat contre une agence gouvernementale.
Dans le second cas, si le texte est bien écrit le lecteur sera amené à croire que la terre est plate, je dirais même à espérer que ce soit possible pour être en accord avec le héros (enfin si ce dernier est présenté sous un jour sympathique). La vraie surprise pourrait être la découverte que la terre n’est pas plate par le héros. D’ailleurs, ça ne sera pas une surprise parce qu’on le sait depuis le début.
Étrangement, pour mieux surprendre son lecteur, ne pas lui apporter ce qu’il attend est encore le plus simple.
Dans le roman que j’écris en ce moment, j’essaie de déjouer tout le temps l’idée de complot. Mon héros est certes manipulé, mais il n’est pas dupe. Il se forge sa propre opinion durant tout le texte jusqu’à la révélation finale qui aura été désamorcée bien avant.
Sur ces belles paroles, je retourne à mon manuscrit.