Un trouble du déficit d’attention, vraiment? Dans un monde où l’attention est une marchandise, une denrée devenu rare tellement la demande est forte. Un monde où l’oasis est devenue désert à force de pomper l’eau, à force de presser le jus. Un monde où chacun doit prendre soin de son réservoir personnel pour avoir assez de jus pour ses tâches quotidiennes.
Je suis née avec un réservoir aussi grand que celui des autres, mais présentant plusieurs fissures. J’ai la même quantité d’eau que tout le monde, mais je ne peux pas la gérer efficacement. En tout cas, c’est ce que révèle, hors de tout doute raisonnable, l’analyse de ceux qui savent. Mes idées fuient, mes mouvements dégoutent, l’impulsivité ruisselle. Toute cette eau qui aurait pu servir, mais qui tombe sur le sol. La terre est mouillée, quel gaspillage!
Pour suivre la parade, pour être comme tout le monde, il y a la colle; colmate ces faiblesses que je ne saurais voir! Rien n’est parfaitement étanche. L’eau fuit toujours, mais moins vite. Au bout de quelques heures, la colle est dissoute, la concentration s’évapore, la tête dans les nuages, le réservoir est vide.
Sans ressource l’espace d’un instant, je me retourne et vois les conséquences de mes failles. Rien ne se perd en ce monde. Depuis des années, l’eau s’échappe de mon réservoir. Depuis des années, j’arrose le désert. Sans le savoir, sans le vouloir, je fais pousser autour de moi un jardin. Aujourd’hui, j’en profite. Mes fuites ont transformé un désert en oasis
Mais tout ce travail involontaire m’a vidée. Laissez-moi marcher sous la pluie, la tête dans les nuages. Laissez mon réservoir se remplir, à son rythme que j’amasse assez d’eau pour un nouveau jardin.