« Un bon maître a ce souci constant: enseigner à se passer de lui. » (André Gide)
Je suis enseignante et je m’applique en permanence à emmener mes petits élèves à se passer de moi, à quitter ma classe en fin d’année en étant devenu plus autonome. Je dois avouer que j’ai de plus en plus de doute concernant ma mission !
Je dois tant et si souvent suppléer ce qui n’est pas fait à la maison.
J’ai enseigné en France, en Nouvelle-Calédonie, au Québec et je me pose la question suivante : ai-je raté mon enseignement ? Pour qu’aujourd’hui de jeunes parents se désolidarisent tant de l’école de leur enfant ?
Je constate que tout est dû aux parents, mon temps, mes moyens, ma tête, tout est dû !
L’enfant a une mauvaise note et c’est ma faute, même si les devoirs n’ont pas été faits à la maison !
Il y a toujours des excuses de la part des parents, il ou elle fait du hockey, de la danse, du chant et tout un tas d’activités. Je réalise qu’il n’y a pas de place pour un parent de s’assoir avec son enfant le soir pour simplement parler de la journée de ce dernier.
Je me sens impuissante maintenant en tant qu’enseignante. Mon métier et ma passion m’animent mais qui suis-je en fin de compte ? Une gardienne qui apprend à lire et à écrire mais qui réalise le lendemain que tout a été vain ? Je continue pourtant vaille que vaille.
La responsabilité de tout cela ? La plupart des gens vous diront : le gouvernement ! Ils n’ont pas tout à fait tort ! Les « pousseux de crayons » qui édictent des réformes sans jamais mettre un pied dans une classe ! Mais je crois que plus profondément la société elle-même est responsable. Chacun de nous est responsable. Les parents qui courent après leur carrière en déléguant leurs responsabilités, le manque de valeurs et d’éducation à la maison. Les grands-parents qui ne sont plus présents, les réseaux sociaux qui se targuent de communication alors qu’ils sont simplement un vecteur d’anti solitude, mais qui contribuent à la solitude la plus complète. La société toute entière est à penser.
Je vais terminer ma petite diatribe en disant que j’y crois encore !!! J’aime moucher des petits nez, soigner des bobos, éduquer et apprendre à se faire confiance, se faire confiance !
« Pour qu’un enfant grandisse, il faut tout un village ! » J’aime ce proverbe africain, il dit que nous devons tous nous y mettre pour que la génération qui grandit ait de vraies valeurs, une confiance en soi, une autonomie qui ne s’apparente pas simplement à l’argent, une estime de soi.
Bonne soirée à vous. Respectueusement.
Marie-Ange.