
Orelsan occupe une place particulière dans mon cœur. C'est avec la sortie de son album Perdu d'avance en 2009 que j'ai été initié au monde du rap. Durant les deux années qui ont suivies, je n'ai fait qu'écouter les sons d'Orelsan et de Soprano, le dernier ayant plutôt mal tourné malheureusement. Vous pouvez donc imaginer à quel point j'étais heureux lorsque Orelsan a annoncé son album solo il y a quelques mois. Puis est sortit le clip vidéo de Basique... Je comprenais la logique de faire un son basique car le public s'en fout de la recherche apportée aux paroles et j'ai trouvé le concept intéressant. Il était malheureusement médiocre à mon goût, faire une musique basique est possible en ayant des paroles intéressantes, là ce n'était pas le cas. Après ce clip, j'ai commencé à m'inquiéter. Et si Orelsan n'avait plus le niveau d'avant ? Et si il avait décidé de rendre ses morceaux plus simples pour plaire à la masse ? Après tout, sa fan base a bien changé depuis le temps, et si il faisait tout pour plaire à cette nouvelle fan base acquise grâce à ses couplets des Casseurs Flowters ? Et enfin, l'album est sortit. Est-il aussi bon que les anciens ou est-ce le début de la fin pour Orelsan ? Il est temps que je vous donne mon avis !
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1. San
Quel morceau pour faire une bonne entrée d'album ! San est le son parfait pour servir d'introduction au reste de l'album. Orelsan nous fait comprendre qu'il est en plein changement, qu'il gagne en maturité. Mais cette maturité ne le débarrasse pas pour autant du sentiment d'être perdu dans ce monde, sentiment de décalage qu'on retrouvait déjà dans ces derniers albums. Seulement, dans ce morceau-ci, il fait comprendre à maintes reprise qu'il préfère être comme ça. San marque donc la transition de Orel à San, du surnom qu'on lui donnait à un mot voulant dire "Monsieur". Une ligne en référence aux Simpsons m'a fait un peu grincer des dents mais le reste est très bon.
Passage préféré :
J'veux faire des chansons d'amour homicide
Qui poussent un célibataire au suicide
J'aimais l'rap avant qu'la hype gentrifie
Vodka, Doliprane, maintenant j'anticipe
2. La fête est finie
La fête est finie évoque le fait de vieillir et de se retrouver contraint à gagner en maturité. Orelsan sent qu'il doit arrêté d'être immature en voyant que plus aucun proche n'est comme lui, ils ont tous déjà mis les pieds dans la vie active. Ça peut se voir tout le long du morceau mais principalement dans le pré-refrain qui contient deux métaphores pour cette situation. Chose intéressante, l'outro évoque une déception d'Orelsan envers un "on" qu'on devine être sa génération. "On était censé changer les choses, depuis quand les choses nous ont changé ?" montre qu'il pensait réellement ne pas se retrouver à vivre comme la génération précédente mais que la société a fini par le changer, il prend de ce fait conscience de la quasi impossibilité d'un changement, ce qui se retrouve en contradiction avec ce qu'il pensait dans Changement.

Passage préféré :
Quand y'a plus d'alcool sur le sol que dans les verres
C'est qu'il est l'heure de rentrer
Quand y'a plus d'musique et t'es tout seul sur la piste
Il faut qu't'arrêtes de danser
3. Basique
J'en ai déjà parlé dans l'introduction mais je n'aime pas ce morceau. J'en viens à me demander si quelque chose ne va pas bien chez moi en voyant la bonne réception qu'il a eu auprès du public. Basique possède un bon concept se rapprochant fort de celui d'Up Saw Liz de Stromae. Là où Stromae critiquait le fait que personne n'écoute les paroles, Orelsan critique le fait que les musiques réussissent seulement si leurs paroles sont simples à comprendre.
Ce son a le mérite d'avoir un message intéressant, si il passe à la radio, l'idée que les paroles simples attirent le monde ne pourra être que validée. Mais le problème est là. J'ai beau comprendre le but de la musique, ça ne la rend pour autant pas bonne à mes yeux, plutôt potable. Là où Up Saw Liz
fonctionnait, c'est qu'uniquement le refrain ne voulait rien dire. Basique par contre,
mis à part une petite explication en début de morceau, ne nous donne que ce qu'il critique. Quelques belles trouvailles se glissent tout de même dans le son malgré une écriture basique.

Passage préféré :
À l'étranger, t'es un étranger, ça sert à rien d'être raciste (simple)
Les mecs les plus fous sont souvent les mecs les plus tristes (basique)
4. Tout va bien
Dès le premier couplet cette chanson m'a fait penser au style de Stromae.
Non seulement pour le lien évident avec Sommeil mais aussi pour cette façon d'opposer complètement le beat et les paroles. Il se trouve que ce n'était pas un hasard car Stromae a participé à la composition du beat de ce morceau-ci. D'une part on a un beat presque joyeux lors des refrains, d'autre part on se retrouve avec Orelsan qui ment à un jeune enfant pour le rassurer et pour éviter qu'il voit les horreurs de ce monde afin qu'il s'endorme paisiblement. Ce son est divisé en trois courts couplets, chacun s'appropriant un thème bien spécifique: les SDF pour le premier, les femmes battues pour le second et les guerres pour le dernier.

Passage préféré :
Si la voisine crie très fort, c'est qu'elle a pas bien entendu
Si elle a du bleu sur le corps, c'est qu'elle a joué dans la peinture
Et si, un jour, elle a disparu, c'est qu'elle est partie en lune de miel
En attendant les jours de pluie, elle met ses lunettes de soleil
5. Défaite de famille
Ce morceau est pile dans le style que j'adore voir de la part d'Orelsan, j'ai tendance à appeler ça de la dénonciation de masse. Bien que je pense qu'il n'arrivera jamais à surpasser le chef-d'oeuvre qu'était Suicide Social dans ce style, la barre est encore une fois placée très haut ! Défaite de famille se passe pendant une fête de famille et décrit ce genre de rendez-vous qui agace Orelsan, qui dit leurs quatre vérités à tous les invités. Une seule personne est épargnée, ce qui ne vous surprendra pas si vous connaissez un peu Orelsan, je ne vous dis pas qui c'est juste au cas où vous voudriez garder la surprise.

Passage préféré :
Paulo, si tu veux m'impressionner, c'est pas en roulant des joints compliqués
En utilisant beaucoup trop "wesh" pour un blondinet
Vu qu'ton père a un problème avec les Arabes, c'est une très belle ironie
Au passage, il a moins d'chance de mourir du terrorisme que d'l'alcoolisme
6. La lumière
J'ai eu du mal à accrocher à ce morceau pendant les premières écoutes mais une fois les paroles attentivement écoutées, j'ai eu beaucoup moins de mal. Quand j'écoute un album,
les 3-4 premières écoutes se focalisent sur la forme, ensuite je m'intéresse au fond. Ce son s'éloigne très fort du style habituel d'Orelsan et s'aventure dans un style dont je ne suis pas particulièrement se rapprochant du cloud rap, chose dont je ne suis pas très fan. Les paroles, bien qu'elles soient minimes, sont très bien construites. En effet, la première minute vous laisse croire qu'il parle de drogue jusqu'à ce qu'il commence à évoquer une fille, et là ça fait tilt. Ce morceau parle de la rencontre entre Orelsan et sa copine en soirée, c'est la première fois que je l'entends parler d'amour sans être dans le négatif.
Passage préféré :
Deux verres dans les mains
Un pour moi, un pour mon destin
J'l'invite à danser comme si j'savais l'faire
Elle prend ma main, elle prend ma vie entière
7. Bonne meuf
Un petit son humoristique en tant qu'interlude, ça fait jamais de mal ! On remarquera d'ailleurs que la suite de l'album comprend plusieurs morceaux positifs voir neutres contrairement à ce qu'on pourrait s'attendre à entendre de la part d'Orelsan. Ce morceau m'a beaucoup fait penser à Bloqué dans sa répétition de fins de phrases, bien que dans ce contexte-ci "bonne meuf" a presque toujours le même sens.

Malheureusement, c'est plus un morceau qui s'écoute une fois qu'autre chose, ce qui explique ma note de bronze malgré le fait que je l'ai aimé. Pour les fans, ça m'a aussi rappelé le Freestyle Assisté par Ordinateur qu'Orelsan avait sortit sur YouTube.

Passage préféré :
J'ai même insulté les bonnes meufs
Dans des chansons sur les bonnes meufs
Qui m'ont rendues connu comme plein d'bonnes meufs
Mais j'crois qu'j'suis devenu une bonne meuf
Référence à ce super son qui lui colle malheureusement à la peau, malgré son procès gagné :

8. Quand est-ce que ça s'arrête
Dans ce morceau, Orelsan parle de deux sujets en particulier associés à la question qu'il se pose de savoir quand est-ce que ça s'arrête. Le premier couplet parle de la célébrité. Orelsan croyait qu'en devenant connu il n'aurait plus aucun tracas mais s'est vite rendu compte que ce n'était pas le cas du tout. Le deuxième couplet parle quant à lui de sa fidélité envers sa copine. Il pensait ne plus être attiré par d'autres femmes mais se rend là aussi compte que ce n'est pas le cas. Le refrain vient donc conclure le tout avec la question "Quand est-ce que ça s'arrête ?", signe qu'il regrette sa vie d'avant. Le passage que j'ai choisi reflète tellement ce que doivent penser l'entièreté des rappeurs français, ça en devient triste.
Passage préféré :
Tu m'trouves marrant, dommage, j'en fais pas exprès
J'suis mal à l'aise dans leurs émissions télé
9. Christophe ft. Maître Gims
Quand je vois Maître Gims en featuring, ça ne peut me faire fortement stresser avant même d'avoir entendu une seule parole. Cet artiste, comme Soprano, fait partie de ceux que j'adorais à l'époque et que j'ai fini par détester à cause de leur changement soudain de style. Je vous ai mis deux morceaux de Maître Gims que j'affectionne particulièrement pour que vous compreniez de quoi je parle. Christophe, en référence à Christophe Maé, est un morceau satirique anti-FN. Les divers refrains ne sont que des noms de chanteurs blancs faisant de la "musique de noir" ou l'inverse, noirs faisant de la "musique de blanc". C'est donc en quelques sortes un morceau faisant remarquer que dans l'univers de la musique, les cultures se mélangent sans problème, n'en déplaise aux racistes.

NE CLIQUEZ PAS SUR LE CLIP SUIVANT SI VOUS ÊTES ÉPILEPTIQUES

Passage préféré :
Marion Maréchal me suit sur Twitter
J'aimerais la baiser, briser son p'tit cœur
J'ai envoyé ma bite et un emoji fleur
Bonjour au papy, j'suis pressé qu'il meure
10. Zone ft. Nekfeu & Dizzee Rascal
Ça fait 6 ans qu'on attend un featuring avec Nekfeu, est-ce que je dois dire quelque chose de plus ? Voilà quand même quelque chose de plus : Orelsan est un grand fan de Dizzee Rascal. Quand on sait ça, on ne peut que s'attendre à un Orelsan au top de sa forme pour à la fois impressionner un artiste qu'il adore et justifier la longue attente de ce featuring. Orelsan et Dizzee Rascal ont de bonnes paroles mais le couplet de Nekfeu est clairement au dessus et est la raison pour laquelle je lui mets une note d'or. Pour le plaisir de vos oreilles, j'ai ajouté un son de chaque artiste en featuring.


Passage préféré :
Les uns craquent, les autres tiennent
Mais ça craint, ils obtiennent
Du chagrin qui s’accroît
Mais les plaies s'aggravent
11. Dans ma ville, on traîne
Un morceau en hommage à la ville de Caen plein de bon sens et de nostalgie. Orelsan nous fait faire le tour de sa ville en nous présentant les endroits l'ayant le plus marqué. Je ne trouve pas grand chose à dire sur ce son puisqu'il ne fait que parler de sa ville en y soulignant ses qualités et ses défauts. Ce n'est pas un son incroyable mais c'est toujours chouette d'en savoir un peu plus sur Orelsan.
Passage préféré :
Passe devant l'hôpital qu'on voit d'partout
Pour nous rappeler qu'on y passera tous
12. La pluie ft. Stromae
J'ai essayé tout le long de cette critique de ne pas être trop biaisé étant donné que je suis un fan inconditionné d'Orelsan. Seulement, si vous me demandez de critiquer un son avec non pas un mais deux de mes artistes préférés sans être biaisé, je vous réponds que c'est impossible. J'ai adoré ce morceau, l'idée de n'utiliser Stromae que pour les refrains excellente, cela permet à chacun de s'occuper de la partie pour laquelle il est le plus doué. Les refrains de Stromae sont toujours magiques, en témoigne AVF sur lequel on peut aussi entendre Orelsan et Maître Gims. De plus, le morceau me parle beaucoup étant donné que j'habite en Belgique, pays où il pleut tout le temps ! Il s'agit là d'un son nostalgique dans lequel les deux artistes manquent leurs chez eux.

Passage préféré :
J'viens d'la classe moyenne, moyennement classe
Où tout l'monde cherche une place, Julien Clerc dans l'monospace
J'freestylais dans ma tête sur le bruit des essuie-glaces
Y'a la pluie en featuring dans toutes mes phrases
13. Paradis
Mesdames et messieurs, je vous présente le chef-d'oeuvre de cet album. Un peu plus haut, j'ai dit que je n'avais jamais entendu Orelsan rapper sur l'amour positivement. Ce morceau-ci ne fait que ça en étant une véritable déclaration d'amour envers sa copine aussi touchante que bien écrite. On sait à présent qu'Orelsan n'a aucun mal à écrire dans ce style et ça fait vraiment plaisir, ça ouvre la voie pour tout un tas d'autres sujets positifs. J'ai eu beaucoup de mal à choisir un passage préféré parce qu'ils sont tous aussi bons les uns que les autres, en réalité tout le morceau est mon passage préféré.
Passage préféré :
Ils disent que, pour tenir un couple, faut l'entretenir tous les jours
Ces connards n'y connaissent rien en amour
Comme si j'devais faire un effort pour t'écouter, comme si j'avais déjà douté
J'aimerais tes défauts si jamais j'arrive à en trouver
14. Notes pour trop tard ft. Ibeyi
Notes pour trop tard est mon deuxième morceau préféré de cet album, autant dire que la fin de celui-ci ne m'a pas laissé sur ma faim ! Orelsan parle à son lui de 18 ans et lui donne des conseils pour la vie. C'est donc un son dans lequel il cite toutes les choses qu'il regrette avoir faites tout en sachant qu'il ne pourra rien y changer maintenant que c'est trop tard. Le titre vient d'ailleurs souligner cette idée, "notes pour trop tard" étant une modification de l'expression "notes pour plus tard" y apportant un tout autre sens. Pour couronner le tout, les sœurs d'Ibeyi sont présentes sur le morceau pour les quelques refrains et en tant que voix de fond. Si vous ne les connaissez pas, ce sont de merveilleuses chanteuses qui ont un style bien à elles comme en témoigne ma chanson préférée de leur part.

Passage préféré :
On t'dira d'être premier, jamais d'être heureux
Premier, c'est pour ceux qu'ont besoin d'une note, qu'ont pas confiance en eux
T'es au moment d'ta vie où tu peux devenir c'que tu veux
Le même moment où c'est l'plus dur de savoir c'que tu veux
En conclusion, La fête est finie est un très bon album. Je dois dire que je le trouve moins bon que son album solo précédent mais le niveau est présent. La chanson à retenir est bien-sûr Paradis qui s'est glissée en deuxième position de mes morceaux préférés d'Orelsan, derrière Elle viendra quand même et devant Suicide Social. Les sons sont remplis de références entre eux mais aussi avec des morceaux de ses autres albums ce qui rend la construction de l'album très solide. Je vous recommande de l'écouter plusieurs fois avant de vous faire votre propre avis, je ne l'ai moi-même pas aimé lors de ma première écoute à cause du changement de style auquel je n'étais tout simplement pas prêt. Pour finir, je vous laisse avec un petit morceau bonus qu'Orelsan a chanté à la radio suivi de la liste des albums que je compte critiquer par la suite, à la prochaine !

À suivre
- Géopoétique de MC Solaar
- Tant qu'on est là d'Hugo TSR
- Titre non annoncé de Gringe
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