L'élection fédérale du 17 décembre 1917 a été historique à plus d'un titre.
D'abord, elle a suivi un long intervalle de 6 ans depuis l'élection précédente (1911), car la Grande Guerre de 1914-1918 était déjà engagée, au moment où le gouvernement conservateur de Robert Laird Borden aurait dû en tenir une en 1916, mais Borden préférait attendre, avant de la déclencher, pour tenter de former un gouvernement de coalition en faveur de la conscription, comme en Grande-Bretagne.
Ensuite, cette élection, qualifiée "d'élection la plus amère de l'histoire du Canada" par l'historien Michael Bliss, a consacré la plus grande fracture entre les anglophones et les francophones, les conservateurs, avec une faction libérale anglophone en faveur de la conscription, dissolvant la chambre pour se présenter sous l'étiquette d'Unionistes, isolant Wilfrid Laurier et les libéraux, majoritaires au Québec.
Pour s'assurer de la victoire, Borden a fait adopter deux lois, avant la dissolution de la Chambre des communes: la Loi des élections en temps de guerre, qui privait du droit de vote les objecteurs de conscience et les Canadiens nés dans des pays ennemis naturalisés après 1902 et accordait, pour la première fois, le droit de vote aux épouses des militaires, et la Loi des électeurs militaires, qui permettait aux soldats en mission à l'étranger de choisir la circonscription où ils voulaient que leur vote soit comptabilisé.
Les Québécois voteront à 73,4% pour le Parti libéral du Canada, qui fera élire 62 de ses 82 députés au Québec, les autres provenant de régions comptant un nombre important de francophones (Nouveau-Brunswick, Manitoba, Ontario).
Les autres provinces accorderont une majorité jamais vue, pour un gouvernement comptant un seul parti, de 56,93% et 153 des 235 sièges de la Chambre des communes.
Les 3 sièges unioniste du Québec étaient tous de circonscriptions majoritairement anglophones.
La question qui tue: qu'aurait fait notre "Junior" national s'il avait été à la place de Wilfrid Laurier? Aurait-il eu le courage de se tenir debout et de se valoir l'opposition et la haine des anglophones et du "Rest of Canada" pour s'opposer à une guerre impérialiste, qui n'impliquait que les empires anglo-saxons, français et russe aux Empires Centraux (allemand et austro-hongrois) pour le contrôle de l'Europe?
Courtoisie pour la photo: Wikipédia