C'est en visitant la vallée du café en Colombie que me sont revenus à l'esprit les fabuleux moments passés, il y a quelques années, sur les pentes du Kilimandjaro en Tanzanie. Nous arrivions de la ville du Cap en Afrique du sud, après un long voyage routier à travers l'Afrique Australe. Notre idée était bien sûr de monter sur le sommet mythique, le plus haut du continent Africain. Renseignements pris, la randonnée est une usine touristique aux tarifs exorbitants. En espérant que les gens "normaux" des alentours profitent de cette manne financière, ce qui ne saute pas aux yeux, nous avons abandonné cette idée. Nous avons opté pour une découverte des pentes de la montagne en en faisant le tour. C'est l'une de ces journées, qui fait aujourd'hui le lien avec la Colombie, que je voudrais conter.
Bien équipés au niveau véhicule, nous sommes montés le plus haut possible vers la montagne depuis différentes directions. Chaque angle d'attaque a sa spécificité, son paysage, sa difficulté. Depuis le sud, la piste commence large et bien entretenue puis, petit à petit, la pente devient plus forte, le chemin plus étroit et difficile. Vint un moment oú le 4*4 refuse de monter davantage patinant allègrement des deux ponts. Il nous a fallu une bonne heure, treuil aidant, pour faire demi tour. Nous étions à un peu plus de 2000m d'altitude. A peine la descente entamée nous repérons une piste latérale qui nous mène assez facilement à un espace plat où nous pouvons stationner. La notion d'espace plat est importante puisque nous dormons dans une tente de toit.
Débarrassés, autant que faire se peut, de la boue récoltée sur le chemin, nous profitions de ce silence que l'on n'entend que dans les endroits où la nature reste maître de son destin. En admiration devant les colibris au premier plan et les neiges du Kilimandjaro en fond, nous laissions l'après-midi se dérouler paisiblement.
Sans prévenir, un vieux monsieur a pris sa place dans le paysage, sans que l'on comprenne vraiment d'où il venait. Il avait manifestement envie d'entamer une conversation. Il était curieux car étant dans un cul de sac difficile d'accès et sans rien de particulier à voir, l'endroit était assez peu fréquenté et le passage rare. Après les politesses d'usage nous avons appris qu'il était retraité et avait travaillé toute sa vie dans le café, ici même. Notre curiosité éveillée nous faisant poser beaucoup de questions, il finit par nous proposer de consacrer la matinée suivante à une randonnée durant laquelle il nous expliquerait la culture du café dans cet endroit.
Voyager c'est se donner la liberté de changer de plan en fonction des rencontres, parfois des événements. Nous avons donc immédiatement accepté.
Le lendemain, alors que je sortais de la tente à la pointe du jour, le monsieur était déjà là, discret mais fin prêt. Il avait même apporté de quoi déjeuner pour tout le monde. Il fallait prendre des forces pour la matinée. Peu de temps après, nous marchions dans de petits chemins, saluant parfois un passant solitaire. Tout doucement, la visite commençait. Les arbres et leur cycle, les saisons et l'influence du climat, le type de café, la qualité des grains, leur état de maturité ... le tout agrémenté d'aventures et d'anecdotes personnelles de notre guide improvisé. Une mine de connaissances sur la région et le café.
Notre accompagnateur était un champion, sans même nous en rendre compte, nous sommes devenus les acteurs d'une aventure inattendue et passionnante. Nous avons appris à choisir les meilleurs grains et commencé une petite récolte. Pas à pas, astucieusement, notre éducateur nous a guidé à travers toutes les étapes pour arriver, quelques heures plus tard ... à consommer le fruit de notre travail. Évidemment, pour certaines étapes, il devait tricher. Le séchage, par exemple, ne pouvait être instantané. Il intervertissait habilement nos grains pour d'autres déjà sur le séchoir depuis quelques jours. Pris par la visite je crois que je ne m'en aperçois que maintenant.
C'était d'autant plus ludique que chaque étape obligeait à un déplacement. Une promenade belle et instructive dans le merveilleux environnement des forêts et des plantations de café. Par une espèce de division locale du travail, chaque stade impliquait également de nouvelles personnes qu'il nous était agréable de croiser. Un voyage dans l'univers du café, émaillé de rencontres aussi enrichissantes qu'éphémères.
Nous avons récolté, lavé, décortiqué, lavé encore, séché, torréfié, moulu et dégusté. Reconstituer le processus complet serait fastidieux, probablement approximatif et indiscutablement monotone. Je me contenterais de mettre des photos des principales étapes en bas de ce récit. La fabrication du cafè á consommer eut lieu chez lui, une maison trés modeste cachèe dans la forêt que sa femme entretenait avec un soin jaloux. C'est d'ailleurs elle qui nous a dirigé dans les derniers préparatifs, son mari se chargeant des explications théoriques. Pour la petite histoire le café était vraiment très, mais très très fort, nous avons dû faire un effort pour le finir, mais cela n'a aucune forme d'importance.
L'expérience du café a duré une très longue matinée et il est juste de préciser que le vieux monsieur n'a accepté aucune rémunération. Même en insistant. Il semble qu'il a fait ça pour son plaisir ? A notre tour de trouver comment lui exprimer notre reconnaissance en l'invitant à manger et en lui laissant de petits cadeaux prélevés sur le matériel de camping. Comme toujours c'est la composante humaine qui a apporté le surplus de plaisir. Les pentes du Kilimandjaro nous ont procuré plusieurs jours de bonheur : randonnées solitaires, nombreux contacts avec une population agricole, magnifiques fermes isolées et accueillantes, faune, pistes et paysages somptueux ... Comme dans toutes les montagnes suffisamment hautes, l'environnement varie rapidement avec l'altitude diversifiant le voyage. Personnellement c'est la zone comprise entre 1500 et 2500m que je trouve la plus belle dans ces climats tropicaux de montagne, c'est aussi ce que je ressens ces jours ci en Colombie.
Apprendre à choisir les grains
Récolter
Il faut enlever la première peau
Cela ne se fait pas manuellement, heureusement !
Les grains débarrassés de leur enveloppe restent sur le séchoir
Il faut ensuite les piler un peu pour enlever une fine peau
Comme pour toutes les céréales on utilise le vent pour nettoyer les grains
Puis il est temps de torréfier
Les grains sortent brûlants, on attend pour trier
Enfin on pile les grains pour obtenir la poudre
La poudre de café, plus qu'à mettre au feu
Filtrage et dégustation