« Ce n’est plus l’aventure comme au temps des 1er locomotives »... me dit un employé alors que j’attends l’arrivée du train. Il y avait dans le temps, une locomotive à vapeur. Ça c’était l’aventure, les passagers devaient parfois descendre du train pour monter certaines côtes, il fallait charger la chaudière au maximum et foncer, souvent s’y reprendre plusieurs fois. On mettait également régulièrement le feu à la savane et il fallait arroser les wagons qui étaient en bois pour les protéger des brindilles enflammées projetées par la locomotive. Il semble regretter ce bon vieux temps, il aurait de fantastiques souvenirs à me confier. Malheureusement ces responsabilités l’appellent et c’est à grands coups de sifflet qu’il me quitte soudainement.
Bonne surprise au départ, il y avait peu de monde. On m’avait décrit un train bondé et nous sommes relativement à l’aise. Quelques coups de sifflets plus tard nous voilà partis, à l'heure prévue. Les haltes se succèdent embarquant quelques passagers que je soupçonne clandestins. Chaque halte est une occasion de commercer. Par les fenêtres les deux mamas de notre compartiment font entrer toutes sortes de produits : ananas, bananes, poules et d’autres choses plus mystérieuses, le nécessaire de voyage. Je suis devenu garde enfant pendant les opérations de négoce, sans le choisir, on m’a jeté un bébé dans les bras en me remerciant. C'est le rôle d'un adulte de s'occuper d'un enfant, rien de mal à ça. Bref, une heure après, on ne peut plus bouger ! Je commence à réaliser que les heures qui arrivent, dans ces conditions, vont être longues !
Passés les faubourgs d’Abidjan, un paysage de forêt luxuriante nous accompagne. La chaleur est intenable dans notre espace encombré. La climatisation a fonctionné le temps de sortir de la gare. Sans importance puisque les odeurs des marchandises embarquées, incluant notre abondante transpiration, obligent à laisser les fenêtres ouvertes. Hormis trois ou quatre poulets dont le sort est incertain, les autres êtres vivants semblent heureux d’être du voyage.
A notre petit rythme, d’arrêts commerciaux en arrêts mystérieux, nous montons vers le Burkina. Souvent on descend du train faire quelques pas, acheterà boire ou à manger, vaquer à d’autres besoins urgents, plus agréables à satisfaire dans la brousse que dans les toilettes du train. Pas d’inquiétude à avoir quand le train repart on peut le suivre en marchant et ré embarquer facilement. La forêt devient progressivement savane quand la nuit nous surprend.
Heureusement les conversations sont passionnantes, en plus des deux mamas qui sans en donner l’apparence font fonctionner d’une main de fer un négoce florissant, nous avons un agriculteur, le descendant d’un roi local, un guérisseur moitié sorcier et une chanteuse. On pourrait écrire un livre sur la vie de chacun de ces personnages, même si la version contée oscille entre désir et réalité, ça ne me les rend que plus attachants.
Il fait déjà nuit quand nous arrivons à la frontière. Fini le demi sommeil conquis de haute lutte. Police, douane, dans le train, hors du train, papiers, vérification des bagages. Le grand jeu d’une frontière d’autant plus sérieuse qu’elle n’existe que depuis l’après guerre.
Burkina-Faso signifie, dans un mélange de langues locales : Le pays de l’homme intègre. Cela pourrait prêter à sourire dans cette sous région Africaine des années 90. Pourtant, alors que j’attendais mon tour pour faire les formalités, j’entendis un dialogue singulier entre une dame et un policier. Le 1er expliquait qu’il fallait payer 100 francs CFA pour un formulaire obligatoire. La dame répondait qu’elle n’avait que 50 CFA, méthode de négociation classique. La négociation aurait dû se poursuivre pour s’achever à 75 ou 80. Je tendais l’oreille, étant le suivant dans la file je voulais être sûr de payer le “juste” prix. La réponse fût immédiate, sans brutalité mais sans discussion: « Madame je n’ai pas de formulaire à 50, seulement celui à 100 ». Bienvenue au pays des hommes intègres !
Toutes intègres qu’elles soient, les formalités n’en étaient pas moins longues. C’est plusieurs heures plus tard que nous avons commencé à rouler sur le territoire du Burkina. La 1er ville rencontrée s’appelle Bobo-Dioulasso. Rien que pour le nom, nous ne pouvions éviter un arrêt. Nous avons quitté le train et nos compagnons de voyage. A regret on faisait partie du voyage. Je ne sais pas combien de temps il aura mis cette fois mais plus près de 36 que des 24 heures. Presque 35 km/h de moyenne, parait-il que ce n’était pas si mal.
Le train fût une expérience fatigante, comme souvent les transports en commun de la région, mais réellement un beau souvenir, une petite tranche de vie. A renouveler ... Après quelques jours pour découvrir Bobo-Dioulasso, un taxi brousse nous amènera par une des seules routes goudronnées du pays jusqu’à la capitale en fête. Le voyage, assez long bien entendu, nous permettra, grâce à des compagnons de voyage très versés sur la culture et l’histoire de leur pays, d’en apprendre davantage.
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