Lorsque l'on arrive du sud, l'aventure Amazonienne commence vraiment à Belem. La capitale de l'Etat du Pará, étendue, bruyante et grouillante d'activité est située dans l'estuaire des fleuves Tocantins et Pará. Géographiquement c'est la partie sud du système hydrographique de l'Amazone. C'est un vrai bateau sur lequel la moto est en train d'être hissée à bras d'homme. Un navire comme on n'en fait plus, aussi rustique qu'indestructible, bosselé et largement piqué de rouille. Un bateau qui ne craint ni les aventures ni les maladresses, un détail qui, dans ces régions oú chacun s'improvise capitaine d'un objet flottant, n'est pas négligeable. En ce mois de mars nous nous dirigeons vers la Colombie pour boucler un voyage en moto commencé là-bas 3 ans plus tôt. Saison des pluies oblige, la seule voie possible est la navigation sur le fleuve Amazone jusqu'à, non pas sa source, mais la zone des trois frontières entre Pérou, Brésil et Colombie.
De Belen à l'Amazone
L'histoire de Belém est passionnante. C'est la 1er colonie Europèenne sur l'Amazone. La colonisation tardive est née de la déception des portugais á ne pas y trouver un accès facile à l'or à l'image des Espagnols. Mais la région commençait à être menacée par les Français, Anglais et Hollandais installés sur les territoires des Guyanes d'aujourd'hui, au nord du bassin Amazonien. C'est cette menace territoriale qui a amenée les Portugais à construire des fortifications à l'endroit qui deviendra Belém. C'était en 1616.
Belém est dans le bassin Amazonien mais pas encore sur le fleuve Amazone. Le bateau doit contourner l'immense île de Marajo pour rejoindre le plus long fleuve du monde. Les bateaux ne sont ni prévus, ni suffisamment entretenus, pour affronter la mer ouverte. La moto n'est d'ailleurs pas attachée mais simplement posée sur sa béquille. Le contournement se fait par un enchevêtrement de fjords et de rivières en passant par l'ouest de l'île. Ce long cheminement prend plus de 24h mais est très agréable car les routes d'eau sont souvent étroites et permettent de profiter agréablement du paysage.
La 1er chose étonnante est que partout de maigres populations sont installées. Les maisons sont construites juste en bordure de l'eau, parfois sur l'eau, sur pilotis. Toutes disposent d'un ponton puisque la communication se fait quasi exclusivement par l'eau. Toutes, ou l'immense majorité, disposent également d'un kit de panneaux solaires et d'une antenne satellite. C'est difficile de savoir de quoi vivent ces gens, probablement de pêche, d'un peu d'agriculture, peut-être un peu de commerce de bois ? Pourquoi sont-ils lá ? Depuis quand ? S'agit-il de peuples indigènes qui se sont sédentarisés avec l'arrivée de la modernité ou des gens venus plus tard tenter leur chance ici ? Autant de questions qui nécessiteraient plus de temps sur place. On peut remarquer le nombre important d'enfants dans ces communautés, le peuplement de demain est largement assuré. Le nombre d'églises est également impressionnant, les écoles sont moins visibles, espérons qu'elles existent.
Plusieurs types de bateaux sillonnent ces endroits. Les particuliers disposent de barques plates, peintes aux couleurs vives, équipées d'un moteur in board extrêmement bruyant et d'un arbre de transmission très long au bout duquel une minuscule hélice tourne vite. Ces barques sont rapides puisqu'elles nous dépassent facilement alors que nous marchons entre 10 et 15 nœuds. Certaines barques arrivent à accoster notre bateau en route, s'y amarrent et les marins montent à bord pour vendre des produits. Dans cette première partie il s'agit principalement de crevettes d'eau douce.Etrangement c'est proche des villages que l'on voit le plus de faune. Les "botos" sorte de dauphins d'eau douce de couleur rosatre sont trés présents, ils sortent leurs gros museaux de l'eau comme pour dire bonjour ou vous snobent en montrant juste leur aileron. Beaucoup d'oiseaux, quelques singes et serpents se laissent parfois apercevoir. Mais le plus notable sont les papillons, ils sont énormes, de couleurs et formes variés. Ils passent rapidement de leur vol saccadé refusant définitivement de poser pour une photo.
Le paysage est un contraste entre les eaux marrons tirant sur le rouge de la rivière et le vert de la forêt. Le bleu du ciel est presque toujours contrasté par de gros nuages blancs qui se déversent à intervalles irréguliers sur le paysage. La forêt est épaisse mais certains endroits sont des palmiers, fruit de l'activité humaine. Les nuits sont agréables, alors que les hamacs se balancent lentement au rythme du bateau, que les nuages laissent entrevoir des étoiles, l'ambiance est à la relaxation. La chaleur est tombée, aucun bruit autre que les graves réguliers du moteur, auxquels on ne prête plus attention.
Jusqu'á Manaus
Depuis que nous avons rejoint le fleuveAmazone, au niveau d'Itamaraty, le paysage a changé. Bien que se séparant régulièrement en plusieurs grandes branches, la largeur de l'eau est importante. Pour chercher des contre-courants nous longeons généralement l'une ou l'autre rive. La forêt est moins dense, certains endroits sont même complètement découverts. Difficile de savoir s'il s'agit d'eau recouverte de nénuphars ou de prairies. Il apparaît également une activité d'élevage, des vaches noires, de zébu et de buffles pour la plupart. Le niveau de l'eau actuel est élevé, on le voit aux berges inondées et quelques bovins semblent prisonniers de l'eau, ne pouvant plus atteindre la rive malgré l'aide, dérisoire, des probables propriétaires et leur petite barque.
Quelques arrêts marquent la marche du bateau. Il est à peine 5h mais le changement dans les bruits du moteur et de l'eau sur la côte réveille tout le monde. Le business reprend ses droits. Chargement et déchargement de marchandises et de quelques passagers. Des vendeurs profitent de l'occasion pour proposer leurs produits. Ici pas de crevette mais beaucoup de vendeurs de fromage. L'escale est courte et la ville endormie ne présente pas d'intérêt.
Comme sur chaque moyen de transport au long cours, la communauté s'organise, des sympathies voient le jour, souvent en fonction des langues parlées par les uns et les autres. La majorité sont évidemment des brésiliens qui voyagent pour voir la famille ou pour le travail mais il y a aussi un certain nombre de touristes de nationalités variées. Colombiens, Vénézuéliens, Péruviens rentrent chez eux, quelques Européens se dirigent vers Manaus pour découvrir la forêt, deux Argentines savourent leur maté, un couple de très jeunes Anglais profitent probablement de leur 1er grand voyage de leur vie d'adultes ...
Santarem partage avec Manaus le privilège d'être accessible par le réseau routier. La ville a été fondée par les jésuites en 1661, aujourd'hui elle abrite 350 000 habitants. L'activité portuaire y est importante. Notre bateau s'arrêtera plusieurs heures, permettant une visite à terre et quelques courses pour la suite du voyage. Deux jeunes Européens s'essayent, avec succès, à la pêche au piranha.
Deux jours assez monotones précédent l'arrivée à Manaus : Nuages bas, pluies incessantes ne permettent pas d'apprécier la dimension du paysage. L'humidité devient difficile à supporter. Les voyages mettent souvent la patience à l'épreuve. Le fleuve est assez large, les rives peu boisées laissent apparaître un enchaînement de lacs, rivières, branches du fleuve ... de grandes parties vertes et plates laissent penser à des zones marécageuses. Les oiseaux se font plus présents.
Des arrêts rapides permettent de charger ou décharger des marchandises et des passagers. Ils durent rarement plus d'une demie heure mais permettent d'acheter un peu de nourriture.
De Manaus á Leticia
Manaus est une ville de 2 millions d'habitants, en plein centre de l'Amazonie. Elle s'est développée dans les années 70 avec le commerce du bois. Aujourd'hui elle est comme figée dans le temps, attendant sa renaissance. L'ambiance n'y est pas désagréable, les soirées festives et bon enfant. Il a fallu débarquer la moto car on change de bateau. Débarquement sous la pluie le long d'une planche à l'inclinaison ascendante importante, le genre de moments que l'on préfère avoir derrière quand tout s'est bien passé.
Chaque passager à son histoire :
- Un couple de Vénézuéliens rentre chez eux faire une surprise à leur parents et à leur fille qu'ils n'ont pas vu depuis 8 ans, une situation difficile que l'on a rencontré souvent chez les Vénézuéliens venus travailler dans des pays d'Amérique du sud. Ceux qui ont choisi la voie du travail sont considérés comme de bons travailleurs, des gens de confiance, recherchés comme employés voire responsables. Malheureusement d'autres ternissent parfois cette image, appartenant à des mafias plus ou moins liées au narcotrafic. Ce couple après avoir beaucoup travaillé comme employés à réussi à monter son propre restaurant de spécialités Vénézuélienne dans le sud du Brésil. Ça marche bien pour eux mais la déception des dernières élections et l'éloignement de la famille leur pèse au point de changer de perspective et d'aller tout recommencer en Colombie plus proche.
- Une Éthiopienne que rien ne destinait à une vie de voyage parcourt le monde. Son histoire est intéressante. A 8 ans sa famille a dû s'enfuir de l'Ethiopie, arrivé à Djibouti ils n'ont pu rester que quelque temps. De lá, direction l'Egypte, où elle a vécu jusqu'à 18 ans. Pour étudier, elle à ensuite connu le Canada puis a fini par s'installer en Australie. Aujourd'hui pré retraitée sans enfant et sans attache elle parcourt le monde. Elle aime les trains et les bateaux.
Le capitaine et ses adjoints restent extrêmement vigilants de jour comme de nuit. La navigation n'est pas simple :
- Le principal risque étant de s'échouer sur un banc de sable. Le problème des bancs de sable est surtout présent plus on avance vers la saison sèche. Bien entendu, l'opacité totale de l'eau empêche une surveillance visuelle. Il doit exister des cartes mais les bancs de sable peuvent se déplacer, les capitaines connaissent parfaitement les lieux mais doivent se tourner régulièrement vers des locaux.
- Un autre facteur à prendre en compte sont les courants, ils sont très forts et remonter le fleuve exige de rechercher les endroits propices et les contre courants. Cela se fait à vue, avec l'expérience, les marins ont l'œil affuté. Jusqu'à un certain point, on peut supposer que les marées de l'Atlantique ont une grande influence sur la force des courants.
- Enfin beaucoup d'objets sont à la dérive, notamment des troncs d'arbre qui feraient de gros dégâts s'ils venaient à se trouver dans l'hélice, mais aussi de nombreuses petites embarcations qu'il faut veiller à ne pas couler. Beaucoup sont pilotés par des enfants souvent très jeunes.
Nous croisons de nombreux affluents et la largeur du fleuve se rétrécit un peu tout en restant importante. Les annonces sur les prévisions de jour et d'heure d'arrivée à Leticia s'enchaînent, se révélant toutes plus erronées les unes que les autres. Nous arriverons bien évidemment de nuit et sous la pluie. Les copains de rencontre nous donnent un bon coup de main pour débarquer la moto puis chacun s'évapore de son côté, sensation bizarre après 7 jours de coexistence sur ce second tronçon nautique.
Leticia est une ville sympathique, le rêve de nombreux voyageurs Colombien, au milieu de la forêt Amazonienne. Nous avons beaucoup aimé le Brésil mais retrouver la Colombie nous procure une joie ndescriptible. Une autre aventure commence maintenant, régulariser la moto sortie depuis plus de 2 ans du pays, trouver un cargo qui l'emmène jusqu'à Bogota, lui faire passer le contrôle technique, se synchroniser avec le couple de jeunes motards de Medellin á qui nous voulons offrir la moto pour qu'ils puissent vivre notre aventure à leur tour, trouver un avion pour l'Europe. De petits problèmes de santé nous ont obligés à cette fin, anticipée d'un ou deux mois, nous privant du plaisir de revoir davantage la Colombie et les amis que l'on s'y était fait.
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