Découvrant l'intéressante présentation de livres faite par , je ne peux m'empêcher de copier le modèle pour présenter à mon tour quelques livres que j'ai aimé. Je commence par un auteur Africain qui est un peu le Marcel Pagnol du Sahel pour ses deux tomes autobiographiques. Ces livres sont épais mais très faciles à lire.
Amadou Hampâté Bâ, écrivain et ethnologue malien, nous a laissé deux chefs-d'œuvre autobiographiques majeurs : Amkoullel, l’enfant peul (1991) et Oui mon commandant ! (1994). À travers ces récits, il nous ouvre les portes d’un monde à la croisée de la tradition africaine et de la modernité coloniale, avec une plume empreinte d’humanité, de sagesse et d’humour. Ces deux ouvrages constituent une plongée précieuse dans l’histoire, la spiritualité et les mentalités de l’Afrique de l’Ouest du début du XXe siècle, tout en livrant une réflexion universelle sur la transmission, l'identité et la coexistence des cultures.
Dans Amkoullel, l’enfant peul, Bâ retrace son enfance à Bandiagara, au cœur du pays dogon, dans une société marquée par les traditions orales, les croyances animistes et l’influence grandissante de l’Islam. Il y évoque avec tendresse et humour son éducation à la fois peule et coloniale, entre les contes initiatiques de sa grand-mère, les maximes de sagesse peule, et les règles rigides de l’école française. C’est le récit d’un enfant curieux, observateur et respectueux de ses racines, qui apprend à naviguer entre deux mondes : celui des anciens et celui des administrateurs coloniaux.
Ce livre est aussi une mine d’or pour les lecteurs désireux de comprendre les subtilités des sociétés africaines traditionnelles : les rites de passage, les rapports intergénérationnels, le rôle central des griots et des marabouts, ou encore les codes de l’honneur chez les Peuls. À travers une écriture fluide, chaleureuse et ponctuée d’anecdotes savoureuses, Amadou Hampâté Bâ redonne toute sa noblesse à la parole, ce vecteur essentiel de la mémoire collective africaine.
Le second volume, Oui mon commandant !, reprend le fil de sa vie à l’adolescence et à l’âge adulte. Il y décrit son entrée dans l’administration coloniale française en tant que "fonctionnaire indigène", une expérience qui lui permet d’observer de l’intérieur les mécanismes du pouvoir colonial. Ce récit se lit autant comme un document historique que comme une réflexion éthique : Bâ y dénonce, sans acrimonie mais avec lucidité, les abus et les contradictions du système colonial.
Ce deuxième tome montre un homme en transition, qui cherche à faire entendre la voix de l’Afrique dans un monde qui la réduit trop souvent au silence. Il y aborde aussi les débuts de ses recherches ethnographiques et son engagement auprès du maître spirituel Tierno Bokar, dont il fut le disciple. L’un des moments les plus poignants de l’ouvrage est sans doute le portrait qu’il dresse de ce sage soufi, symbole de tolérance et de paix, persécuté à cause de ses convictions spirituelles.
Dans une époque où les récits simplistes sur l’Afrique dominent encore trop souvent, les mémoires d’Amadou Hampâté Bâ offrent une voix nuancée, profondément humaniste, ancrée dans le réel tout en étant tournée vers l’universel.