Hüsker Dü, derrière ce nom à la consonance norvégienne, ce cache l'une des formations musicales les plus influentes du siècle dernier en matière de rock alternatif et indépendant. Souvent ignoré au profit de groupes plus populaires, le trio originaire du Minnesota n'a pourtant eu de cesse d’œuvrer, durant ses neufs années d'existences, à façonner le son ainsi que l'attitude d'un genre qui alors tournait en rond. Issu de la scène hardcore la plus dure, repoussant sans cesse les barrières de la vitesse et de l'énergie, le groupe à pourtant peu à peu évolué et réussi à s'extirper de sa carapace de simple groupe punk minimaliste afin de devenir l'une des pierres angulaires de tout un pan de la musique moderne. C'est avec la sortie en 1984 de leur monument "Zen Arcade", sur le légendaire label SST, que naît véritablement un nouveau courant qui changera à tout jamais la face du paysage musicale américain.
Réveiller l'esprit de contradiction
Il est de ces œuvres dont le sens échappe à son auteur pour devenir une source de dissension dans un milieu déjà plus que codifié. Alors que le Hardcore-Punk avait pour but d'insuffler un second souffle auprès d'un mouvement qui avait pour vocation de n’être qu'une révolte autodestructrice et éphémère, force est de constater que l'ensemble des productions de cette époque se suivent et se ressembles. L'anticonformisme prôné par les ténors du genre n'est devenu qu'une douce illusion, laissant très vite place à un mimétisme lattant et tout particulièrement lassant pour son auditoire. Pourtant, au beau milieu de cette cacophonie anarchique, une poignée d'artistes ayant fait leurs premières armes dans ce foutoir hautement saturé ont su entrevoir un potentiel caché jusque la encore inexploré. Hüsker Dü décide alors d’emboîter le pas et de s'aventurer sur un nouveau terrain de jeu propice à toutes sortes de fantaisies sonores.
Comment apporter de l'originalité à un style qui n'a en apparence plus rien à dire ? A cette question, Grant Hart, Bob Mould et Greg Norton délivrent une réponse matérialisé sous forme d'un double album conceptuel. Format pour le moins inouï dans un milieu qui se cantonnait alors à quelques EP d'une durée n'excédant pas le quart d'heure, Zen Arcade propose une nouvelle vision plus viscéral et artistique du hardcore.
Conservant une base rythmique dynamique ainsi qu'une ligne distordu et très "fuzzy" en ce qui concerne la parti cordes, cet album semble à prime abord sonner comme une production punk traditionnel. Toutefois, le premier titre "Something I learned today" n'est qu'un leurre qui n'aura d'autre rôle que d'instaurer un sentiment de confort à l'intention de son auditoire. Car de ce minimalisme primitif viendra par la suite une succession de complexité dans les compositions.
Apportant une notion de mélodies, de structures et d’expérimentations à base de reverbs, de loops ou bien encore d'emplois de chants harmoniques, Zen Arcade détonnera tant et si bien qu'il passera comme un album qualifié d'autre chose que du hardcore pour les puristes du genre. Cette marque de fabrique contestataire, fruit d'un mélange de rock furieux associés à un coté expérimental, flirt avec les limites de la musique avant-gardiste. Hüsker Dü signe la une oeuvre majeur qui marquera de son empreinte l'histoire du rock undergound.
Source d'inspiration pour toute une génération de musiciens en herbe, Zen Arcade peut s'enorgueillir d'avoir non seulement poser les bases du rock indépendant moderne mais aussi d'avoir ouvert la voie au sous genre qu'est le hardcore mélodique, d'ou découleront un nombre important de groupes prestigieux se revendiquant de cette héritage. Nous pouvons citer les Pixies, Dinosaur JR, Nirvana, Therapy?, Lemonheads pour la partie indé et Squirel Bait, Moving Targets bien d'autres pour la parti punk mélodique. N'en déplaise à Fat Mike, mais ce n'est pas Bad Religion qui proposera cette nouvelle voie...