Il y a des destinations qui se distinguent des autres par leurs paysages, d’autres par leur histoire, d’autres encore par leur gastronomie.
A l’image de nos sociétés, nos musiques ont connu un temps où elles s’enrichissaient de nos rencontres, de nos différences, de nos originalités. Un temps où il était difficile de voyager loin, où on faisait attention de rapporter de ces voyages des richesses que l’on prenait soin de raviver de temps à autres. Les récits, la gastronomie, les tenues vestimentaires, les langues, la musique aussi, étaient d’autant de ces richesses qui construisaient l’originalité de nos voyages.
Et puis, les temps ont changé. Voyager loin est devenu facile. Se renseigner sur la culture d’un pays est devenu facile. Si facile qu’ils nous ait désormais possible de connaître la nature d’un paysage lointain ou la recette d’une cuisine locale avant même de faire son sac de voyage. Vous l’aurez bien évidemment compris, les toiles tissées par nos réseaux sociaux ont permis ce que certains appelleront la chance d’une mise en commun de nos richesses, et que d’autres appelleront la banalisation de nos richesses. En un mot la « mondialisation culturelle ».
La musique n’a pas échappé à cette mouvance collective. Aujourd’hui, peut-on affirmer que le Reggae est une spécialité Jamaïcaine ? Le punk n’est-il qu’une mouvance anglaise ? Faut-il habiter Brooklin et venir de la rue pour faire du Rap ? Faut-il être français pour chanter « les Copains d’abord » ? Oublions ce dernier point qui de toute évidence est une affirmation !!
La musique, qui se veut à l’origine, être une pratique demandant du temps dans sa construction, de l’inspiration, des idées intérieures, n’a pas réussi à filtrer le flux d’informations trop pressant, trop changeant et trop vénal, de nos nouvelles méthodes de communication. Une partie d'elle est devenue superficielle pour être plus précis. J’entends déjà les mélomanes d’entre vous grincer des dents à l’écoute de cette pauvre mélodie que je vous écris là. Tant mieux, je le fais exprès !
Et puis, parfois, en un lieu assez éloigné, tout semble aller de pair comme si rien n’avait pu distraire le rythme de vie local. La quiétude d’un village, la dureté d’un travail, une gentillesse pudique à toute épreuve, le tout imprégné le plus naturellement du monde au rythme d’une musique parfois nostalgique, parfois festive, mais toujours populaire. Le Cap Vert définitivement aura chamboulé mes habitudes musicales.
Evidemment en vous écrivant ces deux mots : « Cap Vert », vous penserez immédiatement au « Petit Pays » ou à la « Saudade » de Cesaria Evora. Une dame de la musique Cap Verdienne, vénérée sur les murs, imprimée sur les billets de banque, mais surtout portée dans les cœurs de la population. Une dame ayant chanté avec les plus grands de la musique brésilienne, une dame qui chantait les pieds nus et le cœur grand ouvert.
Mais après plusieurs mois passés à sillonner les rues des villages en entendant dès 7h du matin les premières notes de Morna ou de Coladera passer à travers les volets entrouverts, la curiosité fait son travail et apporte de nouvelles sources mélodiques. La voix de Lura, le sourire festif de Neuza, la magie avec laquelle Theophilo Chantre parvient à habiller sa morna de paroles françaises, le très populaire Luis Morais, la superbe et talentueuse Mayra Andrade, la polyvalence de Tito Paris, les airs plus modernes de Roy Job pour les chaudes nuits aux danses rapprochées, autant d’autres artistes que je ne prends pas le temps de citer ou que je ne connais pas encore, qui à défaut de remplacer Cesaria, permettent aux Cap Verdien de continuer à danser dès le lever du soleil.
Je jouerai le jeu des mots de la première partie de ce texte en ne vous partageant pas les liens youtube de mes auteurs favoris. De toute façon il n'y en a guère !! Je préfère vous laisser à vos recherches, croyez moi, cela en vaut la peine. Le mieux reste sans aucun doute de vous rendre ici, car il n'est nul autre lieu plus propice à l'écoute de La Morna ou La Coladera, que là où elle a été conçue.