Réflexion sur L’Ethique dans le cadre d’une pratique professionnelle.
Bien que La notion d’éthique ait été évoquée dès 1754 avant Jésus Christ dans le Code d’Hammourabi, et plus récemment dans la déclaration universelle des droits de l’homme, il est permis de s’interroger dans quelle mesure l’humanité a progressé dans le respect de ses semblables, quand OXFAM international ne cesse d’alerter sur les inégalités croissantes.
Le pourcent le plus riche de la planète détient en 2016 plus que les 99% restants de la population.
Que reste-t-il de l’appel d’Oxfam lors du Forum économique mondial réuni à Davos à agir contre les inégalités grandissantes.
Maslow avec sa pyramide des besoins a été l’un des premiers sociologues à réfléchir sur les besoins des êtres humains afin que ceux-ci puissent progresser et atteindre l’ultime étape de leur expérience sur terre pour parvenir à leur réalisation ou leur légende personnelle selon l’écrivain brésilien Paulo Coelho.
Les progrès technologiques ne cessent de bouleverser notre monde mais est-ce bien pour le meilleur ?
Nous assistons peu à peu à un retour de l’esclavage sous des formes modernes bien sûr, mais correspondant réellement à une réalité et ceci en toute légalité.
Comment un demandeur d’emploi français inscrit dans une agence intérimaire du Havre peut-il espérer être embauché dans une usine pétrochimique locale, quand un travailleur détaché coûte, en toute légalité, moins cher que ses prétentions pourtant modestes grâce ou à cause de la directive Bolkestein ?
Nous constatons trop souvent des situations parfaitement légales mais non éthiques.
Ces montages juridiques sont inattaquables car ils s’appuient sur l’expertise des conseillers fiscaux luxembourgeois de PricewaterhouseCoopers pour la plupart, qui soumettent un « rescrit » (ou tax ruling en anglais) que l’administration fiscale française ne peut qu’entériner, puisque légal.
Il est bon à ce sujet de rappeler l’excellent ouvrage d’Eric de Montgolfier, ancien magistrat du parquet, « Une morale pour les aigles, une autre pour les pigeons », l’excellent film de Stéphane Brizé « La Loi du Marché », avec Vincent Lindon et le documentaire plus récent de François Ruffin, « Merci Patron », pour comprendre pourquoi trop souvent éthique et affaires sont antinomiques.
Ce qui m’a le plus choqué quand je suis allé au Cameroun ou à Madagascar pour des missions de formation, ce sont les disparités existant entre d’une part les ressources naturelles de ces pays et d’autre part le niveau de vie de ses habitants.
Nous pouvons essayer de résoudre ce problème Ethique par une réflexion spéculative, philosophique et en rester là et faire à nouveau le même constat dans 10 ans.
Mais sans doute serait-il plus judicieux de s’interroger sur les raisons pour lesquelles des individus choisissent l’avidité plutôt que la sobriété, font le choix de la toute-puissance plutôt que celui de l’humilité.
Il est utile de lire ou relire Le Principe de Lucifer d’Howard Bloom pour comprendre que
"la violence est " en réalité un outil fondamental de la Nature pour nous améliorer ". Dans un monde judéo-chrétien qui nous dit que " l'homme est gentil, c'est la société qui le rend mauvais ", cela fait effectivement désordre. Bloom démontre donc méticuleusement le contraire et avec un talent tel qu'il nous rappelle furieusement le " Mal Français " d'Alain Peyrefitte, mais un mal d'un tout autre genre.
Conscients de nos faiblesses et de nos travers, de notre tendance naturelle à convoiter le bien d’autrui et à nous comporter dans certains cas comme des prédateurs, ne pourrions-nous pas nous inspirer de la sagesse de l’orient qui nous invite à modérer nos appétits, à tendre vers la voie du milieu. C’est ce que nous expose également Mathieu Ricard, Moine bouddhiste français, docteur en génétique cellulaire, dans son excellent ouvrage Plaidoyer pour l’Altruisme.
La période qui a suivi la deuxième guerre mondiale a été fortement influencée par le développement des multinationales qui ont très vite utilisé les vides juridiques pour s’imposer au détriment des peuples, en se comportant comme des prédateurs.
La terminologie commerciale elle-même porte les stigmates d’une violence qui ne devrait pas exister. Certains spécialistes du marketing parlent de « Marketing agressif », comme si la vocation du marketing n’était plus de faire la promotion d’un produit, mais de mettre en œuvre une stratégie violente au détriment des besoins fondamentaux des êtres humains.
Ne pourrait-on pas découvrir ou redécouvrir le principe de l’émulation et de l’entraide plutôt que celui de la compétition mortifère à terme, trop souvent inspirée du principe « d’ordo ab chao », contraire à l’harmonie de l’univers qui, selon les spécialistes en physique quantique, tend vers l’équilibre.
Une voie opérative pour rendre notre monde plus éthique dans la conduite de nos affaires, pourrait consister à éduquer nos enfants dans les principes de modération des désirs et de l’altruisme, pour que nous puissions à terme, comprendre pourquoi trop souvent nous nous comportons comme des loups avec nos semblables.
Texte de mon intervention du 25 mars 2016 à l’Université du Havre dans le cadre de la Semaine de l’Asie et de la conférence-débat sur L’Entreprise-Politique-Ethique.