Inspiré d’une histoire vrai : la mienne
L'arrivé
Nouvellement arrivé à Montréal, il n’y a pas grand-chose dans mon nouvel appartement : un divan-lit payé à 10 $ sur Kijiji, ma trousse avec tout ce qu’il faut (brosse à dent, savon et autres), mon sac de vêtements, mon vieux portable et mon chat… L’ancien locataire a aussi laissé un four à Pannini, deux tasses et deux bols.
On s’entend, si je vivais dans de telles conditions, c’est que mes moyens étaient plutôt limités. Je suis partie avec 50 $ dans mes poches du Saguenay vers Montréal. Avec l’achat du divan, il ne me reste que 40 $. Je magasine donc un réfrigérateur pour 20 $. Je dois garder 20 $ pour mes tickets de métro, 2 litres de laits, des céréales et des croquettes. Surtout que je n’ai pas d’emploi et que je ne connais personne ici.
Le duchebag
Sur Kijiji, je trouve un frigo usagé à 20 $. Je n’ai rien pour aller le chercher. J’appelle au numéro indiqué. Un duchebag assez gentil me répond. Je lui explique ma situation et, dans un mélange de compassions et de désir de séduire, il accepte de me livrer le frigo avec un ami. Pour 20 $, je lui rembourse à peine le gaz et le jus de bras que ça prend pour déplacer l’électroménager.
Plus d’une heure plus tard, il arrive avec le réfrigérateur. J’ai oublié de lui dire que je vivais au deuxième étage. Pour 20 $, il n’a plus assez de compassion pour monter la machine. Je le comprends. Il laisse le prisme à base carré refroidisseur d’aliments en bas des escaliers. Bon… je suis plus avancée que tantôt, mais aussi, plus dans la merde.
La fête du déménagement
Il faut savoir qu’à Montréal, il y a une forte période de déménagement au mois de juillet. Le premier juillet étant la fête du... déménagement. Durant cette période, beaucoup de gens abandonnent des meubles, des électroménagers et autres objets, faute de ressources pour les déplacer. Il y a une convention sociale : ce qui est laissé sur le trottoir durant cette période appartient à celui qui peut le prendre. Les choses ainsi abandonnées sont rapidement ramassées par des gens dans le besoin ou des revendeurs qui remplissent leur boutique des déchets des autres. Laissé mon réfrigérateur seul, c’est risquer de me le faire prendre.
Facebook facilite l'espionnage personnel
Je me demande vraiment comment m’en sortir jusqu'à ce que j’aie un éclair de génie. Je connais des gens ici, mais j’ignore qui ils sont. J’ai des contacts partout au Québec depuis que j’ai œuvré pour différentes organisations. Mon bénévolat m’a ramené au moins 500 amis Facebook. Par ailleurs, il y a une application Facebook pour trouver le contact le plus proche de toi parmi ceux qui ont oublié de vérifier leur paramètre de confidentialité. Je vois que c’est le cas de Sara. Il y a 6 mois, j’ai milité pour son organisation. Elle est à 15KM de moi. Je l’appelle en Facetime. C’est la première fois de ma vie que j’appuie sur ce bouton sans que ce soit un « poquet call ». Elle répond. Elle ne peut pas m’aider, mais elle me donne le numéro d’une de ses connaissances, Jonathan, qui vie à 1,2 km de chez moi selon ses données.
Sur le coup, je ne vois pas de quel Jonathan il s’agit. Quand il répond, j’allume : Jonathan Débien! J’ai aussi milité pour son organisation, on s’entendait bien. À ce que je me souviens de lui, il est tellement dévoué pour les 101 causes qu’il défend que j’ai une chance sur mille qu’il soit libre. Je lui explique ma situation. J’ai de la chance. Malheureusement pour lui, il a une migraine et a dû prendre congé de sa lutte de libération des autres pour se libérer de sa douleur. Il juge que je suis plus mal prise que lui et accepte de venir m’aider, surtout si j’ai de l’acétaminophène. Il a de la chance, du paracétamol c’est l’une des rares choses que j’ai dans ma trousse.
La monté
Monter le réfrigérateur a été une aventure en soi. À 40 kg, j’ai beau y mettre tout mon petit change, ce n’est pas moi qui fais bouger l’électro. On s’entend pour démonter tout ce qui est démontable pour alléger l’appareil. Le réfrigérateur refuse de bouger malgré nos efforts. J’enlève une mini pièce de plastique de plus. Ça marche. Grâce à ces quelques grammes en moins, nous avons été capables de monter, centimètre par centimètre, cette grosse boîte de métal peu commode. J’avoue que mes efforts avaient probablement autant d’effet de l’homéopathie. C’est l’intention qui compte.
La pillule
Une fois l’entreprise accomplie, je passe 2 acétaminophènes et une tasse d’eau à mon ami. Je reconstruis l’électroménager avec un 10 cennes chanceux trouvé sur le sol. Je branche le colosse que je n’ai jamais vu en fonction. J’ai de la chance, il marche. Il fait un bruit d’enfer, mais il marche et c’est tout ce qui compte.
Avant de partir, Jonathan s’informe de ma situation socioéconomique qui n’est pas très reluisante. Il me dit que si j’ai besoin d’une lettre de recommandation par rapport à mon implication dans son organisme, il va être là. C’est important pour lui, surtout considérant « le leadership dont j’ai fait preuve pour arriver à monter mon frigo ». Je n’ai pas vu le lien entre les deux éléments, mais je prends bonne note de la proposition. Il me donne en passant le nom de deux organismes qui cherchent des employés et m’envoie une invitation Facebook pour une bière militante qui se tiendra samedi prochain dans un bar du quartier.
Fais que
Pour 20 $, deux doses d’acétaminophène et une tasse d’eau, j’ai réussi à avoir un réfrigérateur, à reprendre contact avec un ami, à me faire un réseau et à trouver un emploi. Je pense que c’est un très bon deal.