VEILLE TUNISIE
Semaine du 09 au 15 janvier2017
L'actualité :
le week end dernier, une chaîne de télé libyenne a diffusé les aveux d’un terroriste libyen qui affirme que les 2 journalistes tunisiens, Sofiane Chourabi et Nadir Guetari, capturés par Daesh sur la route de Tobrouk, auraient été exécutés. Beaucoup doutent de la véracité de ces informations qui vont faire l’objet d’enquête. (R4)
9 janvier: arrestation à Kairouan d’un takfiriste chargé de recruter des filles pour les envoyer en Libye et Syrie. (R4)
la garde nationale a arrêté à Kasserine 3 présumés terroristes, dont un qui a combattu en Syrie avec Daech de 2013 à 2015 et qui collaborait avec des cellules dormantes dans le centre du pays. (R2)
2 contrebandiers d’une même famille sont morts dimanche dans un accident lors d’une course poursuite à Samar dans le gouvernorat de Tataouine. (R1)
10 janvier: la BBC a dévoilé l’identité de celui qui serait le planificateur de l’attentat de Sousse. Il s’agirait de Chamseddine Sendi, qui aurait recruté Séif Eddine Rezgui. (R4)
concernant la cellule terroriste de 8 membres démantelée la semaine passée à Teboulba (Monastir), il semble qu’elle soit bien affiliée à Ansar Chariâa et qu’elle collectait de l’argent illégalement. Le groupe s’autofinançait par l’escroquerie en accordant à des particuliers, des prêts à des taux usuriers. La cellule avait été découverte le 7 janvier. (R2)
11 janvier: les autorités libyennes auraient effectué des tirs de sommation sur une patrouille militaire tunisienne dans la zone militaire tampon de la délégation de Remada, après que celle-ci ait franchi la frontière. (R4)
2 individus originaires de Kasserine et recherchés dans des affaires de terrorisme ont tenté d’entrer en Tunisie par voie maritime et ont été arrêtés. (R1)
12 janvier: un étudiant suspecté de liens avec le terrorisme a été arrêté à Bousalem, Jendouba. La brigade antiterroriste avait intercepté ses échanges avec des personnes chargées de recruter des jeunes pour le jihad en Libye et en Syrie, moyennant finances. L’examen de son ordinateur a permis de révéler des vidéos faisant l’apologie de Daech. (R4)
13 janvier: démantèlement d’un traffic de drogue entre la Tunisie et la Turquie, 4 membres du réseau ont été arrêtés à l’aéroport de Tunis Carthage. (R4)
un soldat a été blessé par l’explosion d’une mine dans la zone montagneuse de Kasserine au Mont Semmama, au cours d’une opération de ratissage. Selon des sources militaires, un affrontement aurait également eu lieu entre des soldats et un groupe terroriste dans la même zone où des habitants auraient signalé la présence d’éléments suspects. (R2)
2500 munitions de chasse de contrebande ont été saisies par les garde-frontières à Fériana, dans le gouvernorat de Kasserine. (R4)
14 janvier: une nouvelle fois, un berger a été blessé par l’explosion d’une mine au Mont Semmama, dans le gouvernorat de Kasserine. Il s’agit du quatrième cas en moins d’un mois. (R2)
15 janvier: des manifestants brandissant la bannière noire de Daesh auraient tenté de s’attaquer au poste de la garde nationale de Sidi Ali Ben Aoun en lançant des pierres. Ils étaient, semble-t-il, près de 200 et ont été dispersés par des gaz lacrymogènes. Sidi Ali Ben Aoun où habite le prédicateur salafiste Al-Khatib Al-Idrissi, est considéré comme un fief religieux radical. (R2 et R4)
Analyse de situation :
Contexte régional :
En Syrie, cette semaine, 2 leaders de Daech auraient été tués dans un raid américain près de Deir Ezzour. L’opération commando ciblait Abou Anas Al-Iraqi, chargé des finances de l’organisation en Syrie.
Par ailleurs, 2 mois après le lancement de la première phase de l’opération Colère de l’Euphrate, les Forces Démocratiques Syriennes progressent village par village à l’ouest de Raqqa. Cette première phase consiste à cerner la ville afin de couper les lignes d’approvisionnement des combattants d’EI vers l’extérieur, notamment vers la région d’Al-Bab. Peu à peu, les troupes encerclent le bastion des militants islamistes de toute part et on peut donc s’attendre à une grande offensive sur la ville de Raqqa au printemps.
Samedi, en revanche, Daesh a lancé une importante offensive dans la région de Deir Ezzor, une ville de l’est de la Syrie, qu’il contrôlait déjà en partie. L’EI semble progresser et masser ses forces pour percer les forces gouvernementales et couper la route entre l’aéroport et la ville. Malgré ses défaites, l’Organisation domine encore l’est de la Syrie avec Deir Ezzor, la majeure partie de la province de Raqa, tout en étant présente dans les régions d’Alep, Hama, Damas, Homs et dans le sud du pays.
En Irak: si la bataille fait toujours rage à Mossoul, l’EI continue d’enchaîner les pertes et les forces irakiennes auraient franchi une nouvelle étape importante, en atteignant les frontières du Tigre, situées au coeur de Mossoul. Un des ponts stratégiques de la ville et de la rive-est serait sous leur contrôle mais l’ouest de la ville reste sous le joug de Daesh.
En Libye: l’armée libyenne a averti la Tunisie que selon les renseignements recueillis auprès de la femme de Mokhtar Belmokhtar, Abou Iyadh serait toujours vivant dans le sud libyen. Il ne faut pas oublier que de nombreux terroristes se font passer pour morts pour se faire oublier.
Au Maroc: le Maroc vient d’interdire la fabrication ou la vente de la burqa ou du niqab pour des raisons de sécurité. Aucun communiqué officiel n’a confirmé cette décision mais des agents sillonnent les villes pour annoncer les directives aux fabricants et commerçants.
En Algérie: la justice aurait auditionné le terroriste tunisien Derbali Laaroussi alias Abou Talha qui aurait confié que l’ordre de perpétrer l’attentat d’In Amenas contre le site gazier en 2013 aurait été donné par Mokhtar Belmokhtar.
Le Ministère algérien de la Défense vient d’achever son opération de déminage de ses frontières avec la Tunisie qui avait été entamée en 2007 et le Ministre a annoncé la découverte d’une cache d’armes de guerre dans le sud.
Par ailleurs, la nouvelle année commence là aussi dans l’agitation avec des mouvements sociaux qui se sont transformés dans certaines régions en émeutes ou affrontements et le Premier Ministre évoque des tentatives de déstabilisation du pays.
En Tunisie :
Certains rapports mettent en évidence une augmentation certaine de la violence et de la délinquance urbaine. A Tunis, dans plusieurs agglomérations du Grand Tunis et dans certaines grandes villes, les braquages et les agressions se multiplient. Les problèmes sont multiples, vendeurs anarchiques qui prolifèrent, violence verbale, agressions racistes, batailles rangées…on observe également la multiplication des jeunes migrants venus chercher une vie meilleure et qui, pour subsister, deviennent vendeurs à la sauvette au sein de réseaux déterminés par les appartenances sociales, régionales voire tribales.
La Tunisie reste également au coeur de l’actualité pour ses nationaux résidant en Europe et accusés de liens avec le terrorisme. La police italienne a arrêté le 10 janvier Saber Hmidi, suspecté d’avoir encouragé ses codétenus à partir au jihad après leur libération. Le Tunisien se serait radicalisé dans une prison de Rome où il purgeait une peine de prison pour une affaire de stupéfiants. L’homme avait l’intention de partir en Syrie mais n’avait a priori pas de projets d’attentats en Italie.
Quant à Moez Mezzani, extradé du Soudan, il a nié tout lien avec Daesh et avec Chamseddine Sandi accusé d’avoir planifié l’attentat de Sousse et d’être lié à celui du Bardo . Il a, en revanche, confirmé son appartenance à Al-Qaïda et sa participation au jihad en Syrie au côté de la filiale Jabhnat Ennosra.
Le pays s’est ému, notamment sur les réseaux sociaux de découvrir que l’ancien directeur du district-nord de l’Institut National de Statistiques qui avait fait l’objet d’un suivi pour radicalisation et qui était porté disparu depuis 1 an, avait rejoint avec sa famille, le groupe Etat Islamique. Il est actuellement devenu assistant du porte-parole de Daesh en Syrie. Il est considéré comme particulièrement dangereux dans la mesure où il dispose d’une base de données sur les habitants de la région nord. Il pourrait notamment identifier des cadres sécuritaires.
Au vu de ce qui se passe en Syrie, en Irak et en Libye, en 2017, selon plusieurs analystes, on pourrait assister à une restructuration du terrorisme international et de la lutte antiterroriste. De nombreuses analyses ont montré que les idéologies terroristes résistent généralement aux guerres militaires. Daesh sera vaincu en Irak et en Syrie où il enregistre
de très sévères pertes mais probablement pour se manifester sous une autre forme. En Libye, la situation est plus incertaine en raison du risque de chaos et c’est un danger énorme pour les pays voisins et la Tunisie en particulier, tant par le risque de recréer une base arrière islamiste que par le risque d’infiltrations.
que dire d’Al-Qaïda qui pourrait sortir renforcée de la lutte acharnée qui est menée contre Daesh. De nombreuses petites cellules risquent de refaire un chemin inverse pour venir prêter allégeance à l’organisation qui prône l’impossibilité actuelle de créer un « Etat » , comme on peut déjà l’observer en Libye depuis la chute de Syrte. Nous avons déjà observé en Tunisie, un certain réveil de cellules liées à la mouvance d’AQMI.
Le terrorisme redeviendra peut-être plus nébuleux mais rien ne dit qu’il épargnera davantage le monde en 2017 et la Tunisie doit s’y préparer comme le reste de l’Afrique, du Moyen-orient ou de l’Europe. Comme AQMI, les organisations comme Ansar Chariaâ ou Al Morabitoun devraient tenter de récupérer tous ces jihadistes désorientés et de retour du combat.
Plusieurs analystes prévoient des perturbations sécuritaires importantes au milieu de 2017 dans les pays d’Afrique du Nord et les pays côtiers, en raison précisément de la situation libyenne et des risques liés au retour des jihadistes. La Tunisie serait à ce titre, particulièrement menacée.
Cette semaine, l’Algérie aurait prévenu la Tunisie d’un risque d’attaques terroristes, qui pourraient être commises par des individus plutôt isolés et qui viseraient des cibles faciles et impromptues. Ces informations seraient issues de mouvements suspects de terroristes détectés.
Par ailleurs les tensions sociales qui mobilisent les forces sécuritaires et créent des situations de crise, peuvent également profiter à des éléments malveillants qui pourraient chercher à en profiter. De ce point de vue, les zones à risques, à surveiller plus particulièrement, sont malheureusement nombreuses: Sidi Bouzid, Ben Guerdane, Kasserine, le Kef, Sfax et les îles Kerkennah…Partout, il existe un risque que des cellules dormantes trouvent le moment bien choisi pour passer à l’action, partout il existe un risque que des éléments terroristes malmenés en Libye, en Syrie, en Irak ou par les autorités algériennes, en profitent pour tenter de s’infiltrer.
Les zones à risques :
Sont déconseillés, la région de Ben Guerdène ainsi que les zones montagneuses des Gouvernorats de Kasserine et du Kef, de Jendouba ainsi que le corridor routier reliant les villes de Kasserine et de Sidi Bouzid en passant par Sbeitla.
Il est également recommandé d'être très vigilent à Zarsis et Djerba, et d'éviter les zones du Grand Sud Nefta, Douz, Medenine. Ainsi que les régions du gouvernorat de Tatouine, du sud de Dehiba et d'el Borma. Tout voyage dans une zone désertique doit se faire avec une agence de tourisme officielle. Le risque d'enlèvement est particulièrement élevé dans ces régions.
Eviter les zones rurales comprises entre Kairouan, Kasserine et Siliana. Et de manière générale les zones proches des frontières avec l'Algérie et la Libye, dans un rayon d'au moins 30km.
Suivre les recommandations qui, en raison des risques de mouvements sociaux spontanés, conseillent de privilégier l'avion pour rejoindre les zones touristiques du sud-ouest.
Dans la capitale, rappelons qu'il est recommandé de se tenir à l'écart des rassemblements, des axes empruntés par les manifestations et surtout des bâtiments sensibles et en particulier sécuritaires.