Alors que le Covid-19 a été à l’origine de plus de 180 000 décès officiels dans le monde à l’heure où j’écris, et certainement davantage à l’heure où cet article sera lu, de nombreux États ont commencé à utiliser le numérique en faveur d’une gestion efficace de la crise sanitaire.
Le gouvernement français souhaite développer une application pour smartphone « Stop Covid » destinée à tracer numériquement les Français afin de maîtriser au mieux la phase de déconfinement. Selon le ministre des solidarités et de la santé, Olivier Véran, et le secrétaire d’Etat chargé du numérique, Cédric O, l’application serait « volontaire » et « anonyme ». Son fonctionnement réel est encore débattu et reste à préciser (voir la Partie 2 de cet article, publiée prochainement).
La France s’inspire notamment de l’expérience de Singapour et de son application mobile « TraceTogether », fruit de la réflexion post-épidémie du SRAS de 2003. L’application fonctionne sur le principe d’échange de signaux Bluetooth à courte distance entre les téléphones, moins intrusifs que le GPS.
Développée conjointement par le ministère de la Santé (MOH) et la Government Technology Agency (GovTech), elle intéresse fortement les États européens à deux grands égards. Tout d’abord, elle s’avère efficace sur le plan sanitaire. Puis, elle a été développée en tenant compte de la cybersécurité et de la protection de la vie privée, et en particulier de la Loi singapourienne de protection des données personnelles (PDPA), car :
- Hormis le numéro de téléphone, aucune donnée personnelle telle que le nom, l’adresse ou la géolocalisation de l’individu, n’est collectée
- Les personnes ne seraient pas identifiables car l’application génère des identifiants temporaires chiffrés sur la base d’identifiants permanents
- La durée de stockage des données est limitée (21 jours)
- L’application serait active uniquement durant l’épidémie et les données collectées seraient automatiquement effacées
- L’installation de l’application est basée sur un consentement libre des citoyens, bien qu’il soit fortement recommandé
- L’utilisateur peut toujours désactiver sa fonctionnalité Bluetooth pour mettre fin au traçage
La Chine, qui détient une base de données précise et complète sur ses citoyens, trace au moyen d’une application affichant un QR code coloré, généré à partir d’informations personnelles de l’utilisateur (le numéro de carte d’identité, antécédents de voyages, parcours « social », l’existence de symptômes…). Puis, selon la couleur du code (rouge, orange ou vert), l’utilisateur devra rester en quarantaine, ou pourra se déplacer plus ou moins librement.
La Pologne, via une application mobile utilisant la technologie de reconnaissance faciale et d'image, oblige les personnes placées en quarantaine, à prendre des selfies pour prouver qu’ils sont bien chez eux. Le Gouvernement souhaite améliorer et adapter l'application à la gestion du déconfinement.
Dernier exemple, le 16 avril dernier, le commissaire du gouvernement italien pour la crise du Covid-19 a signé un décret sur l’utilisation de l’application « Immuni », dont le fonctionnement est très similaire à TraceTogether. Tout d’abord « volontaire » et testée dans certaines régions, elle deviendra « quasi-obligatoire » lorsqu’elle sera étendue au niveau national. En effet, pour accélérer son installation, deux pistes sont envisagées :
- La limitation des déplacements des personnes n’ayant pas téléchargé l’application
- Le port de bracelets électroniques par les personnes âgées- population à risque mais peu familière des applications mobiles
La mise en place de ces applications est difficile car elle effraie les Européens, et surtout les Français, attachés à leur liberté et sensibilisés à l’importance de la protection de leurs données personnelles.
Où seront stockées ces données ? Qui en aura accès ? Quelles garanties avons-nous que ces données seront anonymisées, puis supprimées après la crise ? Quelles sont les garanties en terme de cybersécurité ? Autant de questions que l'on se pose à l'heure actuelle.
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