Je reformule ici Fred Pellerin qui dit dans le film Le goût d’un pays: « le jour où tu dis à un peuple qu’il parle mal, tu l’invites poliment à fermer sa gueule ». J’ai l’impression de commencer ce billet par la conclusion, mais c’est la façon la plus logique que j’ai trouvée pour introduire le sujet.
Dans la vie, dès que faire ce peu, j’aime utiliser les pronoms neutres; iel, iels, celleux etc. À mon humble avis, c’est une jolie façon d’inclure tout le monde, cis, comme trans, sans avoir à réécrire plein de mots en double avec des accords différents. Habituellement, lorsque j’utilise cette formulation sur mon mur Facebook, j’ai droit à des commentaires désobligeants sur ma capacité d’écrire le français; qui n’est pas la meilleure au monde, je l’avoue.
J’ai faisais partie de plusieurs groupes féministes et de promotion des droits des LGBTQ2 sur Facebook. Il m’est arrivé, par pur manque d’attention, de ne pas utiliser de pronoms neutres, ni de formulations inclusives. La plupart du temps, j’obtenais alors des commentaires sur ma capacité d’écrire un français féministe et je corrigeais; ma capacité à intégrer de nouvelles règles de grammaire n’étant pas la meilleure au monde, je l’avoue.
J’ai joué à essayer de déterminer les règles de grammaire que je devais utiliser selon l’interlocuteur pendant quelque mois. Je ressentais beaucoup de stresse et de frustration, mais j’ai fait de mon mieux. Je l’ai fait jusqu’à ce que quelqu’un me demande de quitter un groupe de promotions des droits des trans parce que je serais, selon certain, une cisgenre transphobe incapable d’adapter mon écriture. J’aurais manqué d’écoute.
En tout cas, sur un point, j’ai écouté. J’ai quitté ce groupe ainsi qu’une dizaine d’autres. J’étais fatiguée de me faire dire que je ne savais pas écrire. Fatiguée d’écrire « iel » sur une publication personnelle et de me faire dire par les « défenseurs du français » que je massacrais leur langue. Fatiguée de me faire dire de faire « attention » pour ne pas insulter l’autre. Fatiguée d’être invité à fermer ma gueule de part et d’autre. Surtout qu’au départ mon intention était la bienveillance et la défense de légalité pour tous.
En passant, information personnelle à mon sujet, j’ai un trouble déficitaire de l’attention (TDA). Alors entendre des commentaires du genre « fais attention » « on te l’a déjà dit, tu n’écoutes pas » ou « ben là, tu peux te forcer un peu » c’est comme recevoir une gifle en pleine face. J’ai donc reçu mon lot de gifles. En espérant n’insulter personne avec cette comparaison biblique, je n’avais simplement plus de joues à tendre.
C’est d’ailleurs cette pensée qui m’a fait comprendre ce qui me frustre tant dans cette recherche du vocabulaire exact dans toutes les causes pour les droits humains. Comme environ 5 % de la population, j’ai un trouble d’apprentissage qui affecte ma capacité à apprendre les langues. D’autres facteurs peuvent influencer la capacité d’apprentissage linguistique d’un individu; contexte social, économique, culturel, capacité intellectuelle, intérêt personnel. Mais ce n’est pas cela qui empêche un coeur d’être féministe, antiraciste, antispéciste. Ça ne doit pas l’être
Je considère qu’être bienveillant et agir pour légalité est à la fois un droit et un devoir. Ça ne prend pas des capacités intellectuelles spécifiques, ça prend du cœur. Je considère que l’homme d’une soixantaine d’années qui m’a défendue d’un mansplaining l’autre jour en disant : « la petite avait pas fini son point » a fait son devoir de lutte pour légalité. Il a le droit de le faire même avec toute la maladroitesse que représente le fait de me désigner comme l’individu le moins grand du groupe.
Tout ça pour dire que les mots ne sont qu’un des outils de communication et d’actions à votre disposition et vous êtes libre de les utiliser comme bon vous semble. Continuez d’être bienveillant, peu importe les mots que vous utilisez pour le faire. Continuez d’agir pour les causes qui vous tiennent à cœur. Ne fermez pas votre gueule parce que votre vocabulaire ne contient pas encore les mots pour décrire votre ouverture d’esprit.